Mal luné… La faute aux astres ?

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Si Harry Potter était né sous le signe du gémeau aurait-il eu une vie de famille plus facile ? Beaucoup de croyances sont encore vivaces aujourd’hui, à Poudlard et ailleurs. Même si la plupart ne sont pas prouvées scientifiquement. Faut-il pour autant les rejeter ?

Dans Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban, on apprend (merci Miss Granger) la différence entre un Animagus et un loup-garou… L’un est un sorcier ou une sorcière capable de se métamorphoser en l’animal qui lui sied, tandis que l’autre subit les effets de la pleine lune. De la fiction bien sûr : tout le monde sait que ni l’Animagus, ni le loup-garou n’existent… Enfin… Si ? Non ? Pourquoi pas ? Leur existence n’a jamais été validée scientifiquement… jusqu’à preuve du contraire…

Aujourd’hui certaines personnes semblent encore croire au mythe du loup-garou. En tous cas, elles veulent ou aiment y croire. Pourquoi ? Car les croyances nous sont utiles, à nous, pauvres mortels ! Elles permettent par exemple de gérer des émotions, colère ou peur, en y associant des mots et des images : un loup-garou, un hippogriffe ou un chien à trois têtes. On pose alors une identité sur un mal, un ennemi, une inquiétude parfois inexpliquée.

Les métaphores, nous permettent souvent d’intégrer une information ou un état qui nous fait peur ou nous met mal à l’aise. En ce sens, la lycanthropie de Lupin (loup-garou et accessoirement prof à Poudlard), d’après les chercheurs et l’autrice elle-même, serait un reflet de la discrimination que les personnes malades ou ayant des handicaps invisibles peuvent subir : lorsque Lupin est mis à jour, il est contraint de démissionner de Poudlard, car un prof ne peut être loup-garou, même s’il est sous traitement.

Croire, c’est aussi un moyen d’intégrer une communauté qui partage cette même croyance : croire comme ses amis, comme ses parents (coucou les Malfoy). La croyance peut ainsi être un héritage culturel, conscient ou non. Et quand ces croyances entrent en contradiction avec d’autres opinions ou convictions personnelles… Et bien les scientifiques appellent cela une dissonance cognitive, c’est-à-dire la tension qu’on peut ressentir quand deux pensées entrent en contradiction : c’est mal de tuer oui, mais quand même, c’est Voldmort… En général, on résout cette tension avec une nouvelle croyance pas toujours logique « un Expelliarmus et bye bye Voldie » (un sort pas du tout méchant… Et oups… Il est mort.).

Les croyances se retrouvent du cours de défense contre les forces du mal au cours de divination… L’astrologie est bien considérée comme une croyance et non une science, même si elle se base sur des conceptions astronomiques (les signes du zodiaque correspondent aux constellations formées par des étoiles et parcourues par le Soleil au cours d’une année). Certes. Mais ce n’est pas pour autant que ces observations sont scientifiques. (Et si on creuse… L’astrologie utilise 12 constellations, comme les 12 mois de l’année. Or, l’astronomie définit 13 constellations zodiacales… La 13e est celle du Serpentaire… Tiens, tiens, Serpentaire… Serpentard… coïncidence ?)

Pourtant même le plus sceptique d’entre nous s’est déjà reconnu en lisant son horoscope. Si je vous dis que d’après votre signe « Votre altruisme, caractéristique de votre personnalité, vous amène à vous remettre en question lorsque vous blessez un proche », il y a forte chance que vous vous y reconnaissiez. C’est ce qu’on appelle l’effet Barnum : faire croire à une personne qu’un contenu lui est personnalisé, alors qu’il pourrait correspondre à qui voudrait l’entendre, tellement il est généraliste.

Et nous aurions tendance à encore plus y croire si le dressage de notre thème astral est positif ! En bref, Trelawney (la prof de divination à Poudlard) serait peut-être plus prise au sérieux si au lieu de lire « mort et fléaux » au fond de sa tasse de thé, elle annonçait « amour, gloire et beauté ».

Pour plus d’infos sur le sujet, on écoute l’épisode 6 de la saison 3 du podcast Au crible de la science avec deux scientifiques qui répondent aux questions des lycéennes et des lycéens.

Nos invités

Frédéric PITOUT, enseignant-chercheur en astrophysique à l’Université Toulouse III – Paul Sabatier, au sein de l’Institut de recherche en astrophysique et planétologie – IRAP (CNRS, Université Toulouse III – Paul Sabatier, CNES, OMP).

Bastien TREMOLIERE, enseignant-chercheur en psychologie cognitive à l’Université Toulouse II – Jean Jaurès, au sein du laboratoire Cognition, langues, langage, ergonomie – CLLE (CNRS, Université Toulouse – Jean Jaurès, Université Bordeaux Montaigne). Professeur associé au département de psychologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), Canada.

Ressources complémentaires

Une émission préparée par Clara Mauler et Charlène Rivière puis présentée par Claire Burgain et Laurent Chicoineau.
Réalisation : Arnaud Maisonneuve.
Prise de son : Thomas Gouazé.
Coproduction : Exploreur et Quai des Savoirs – Toulouse Métropole 2023.

Remerciements aux lycéennes, lycéens et aux équipes enseignantes des lycées Paul Mathou à Gourdan-Polignan et Lascase à Lavaurs puis au Ministère de la Culture, au Rectorat de l’académie de Toulouse, à l’IRES, au CLEMI et à Campus FM.