Enfants et écrans : les enjeux de l’éducation aux médias et à l’information

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Co-présidente de la commission sur l’impact de l’exposition des jeunes aux écrans, Servane Mouton rappelle le consensus scientifique désormais net concernant la santé physique : l’utilisation des écrans contribue directement aux déficits de sommeil par le blocage de la mélatonine, favorise la sédentarité et accélère l’« épidémie de myopie » due à la lumière bleue et à la proximité des écrans. Au-delà du corps, c’est le développement cérébral qui interroge. La « technoférence » — l’usage des écrans par les adultes en présence de l’enfant — altère la qualité des interactions précoces, nuisant durablement au développement du langage et des capacités socio-émotionnelles. 

Interrogée sur l’évolution des outils numériques, Servane Mouton souligne la puissance des mécanismes actuels : « Aujourd’hui, l’objectif des industriels de nouveaux médias est le même que celui évoqué par Patrick Le Lay quand il était patron de TF1 dans les années 2000 : “vendre du temps de cerveau disponible aux annonceurs” mais avec une connaissance bien plus fine du fonctionnement cérébral, et avec des mécanismes de captation de l’attention redoutablement efficaces ». Cette économie de l’attention transforme les enfants en « marchandises », les enfermant dans des designs addictogènes conçus pour maximiser leur temps de connexion. 

Face à ce constat, des réponses collectives sont nécessaires. Les experts préconisent une progressivité stricte : pas d’exposition avant 3 ans, pas de téléphone portable avant 11 ans, et un accès aux réseaux sociaux limité aux plateformes « éthiques » à partir de 15 ans. Sur ce dernier point, une proposition de loi interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans a été adoptée en première lecture par le Parlement.  

Autre type de réponse portée activement par le Quai des Savoirs et de multiples acteurs culturels et éducatifs, l’Éducation aux Médias et à l’Information (EMI), réaffirmée comme un pilier de l’émancipation. Il ne s’agit plus seulement d’apprendre à utiliser les outils numériques, mais de comprendre leurs modèles économiques et de développer un esprit critique face aux algorithmes. En formant les jeunes à décoder les manipulations numériques et les processus de captation de l’attention, nous leur redonnons le pouvoir d’agir et les préparons à une autonomie réelle, loin de la servitude digitale. 

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Crédit image d’en tête : mpix-foto via AdobeStock

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