Entre enquête et poésie, le premier « procès des nuages »

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Mathieu Simonet, écrivain(1) et ancien avocat, fondateur de la journée internationale des nuages le 29 mars, revient sur l’enquête poétique et juridique qu’il a menée. Il prépare actuellement le premier « procès des nuages » qui se déroulera au Quai des Savoirs le 29 octobre 2026.


En 2010, j’ai cofondé un cabinet en droit des médias, le 111, pensé comme un espace intermédiaire entre droit et création. En quête de sujets, j’ai découvert le travail d’un artiste, Monsieur Moo, qui explorait l’ensemencement des nuages. Parti de l’idée d’empêcher la pluie pour un concert, il avait découvert qu’on pouvait au contraire la provoquer. Sa démarche consistait à « restituer » une pluie supposément volée au Canada par les Américains, et il l’avait mise en scène dans un film intitulé Paparuda. Cela faisait écho à une question que je m’étais posée moi aussi avec mon compagnon Benoît, aujourd’hui disparu, qui dirigeait un grand festival en extérieur. J’ai organisé un colloque sur les dimensions juridiques, écologiques et artistiques de l’ensemencement autour de l’œuvre de M. Moo, puis j’ai engagé un travail de recherche. Lors d’une résidence avec des élèves, je leur ai proposé de s’allonger dans l’herbe, de regarder les nuages et d’écrire ce qu’ils voyaient. C’était très beau ; j’y ai vu la possibilité d’une pétition poétique.

Oui, en 2022, et cela a été un succès, repris par la presse. J’ai poursuivi mon enquête et je l’ai racontée dans mon livre La fin des nuages(2) en 2023. Mais le livre n’a pas signifié la fin de l’histoire, celle-ci se poursuit aujourd’hui avec le Quai des Savoirs. Il y a quelques années, j’ai commencé à imaginer une amorce de procès en demandant au public, notamment à des collégiens, de se positionner sur l’ensemencement, qui n’est pas réglementé. Sont-ils pour une interdiction de cette technique, un encadrement ou pour ne rien de changer (c’est-à-dire une absence de loi) ? Ma rencontre avec le Quai des Savoirs a permis de concrétiser ce projet sous forme d’un procès qui se tiendra à l’automne.

Avocat de formation, j’ai le principe du débat contradictoire chevillé au corps. En France, les parties adverses présentent leurs arguments à l’avance, elles peuvent se répondre mutuellement. J’ai souhaité appliquer pleinement cette méthode : entendre aussi bien les partisans que les opposants à l’ensemencement.

On confond souvent le droit des nuages avec celui des fleuves, en se demandant s’il faut leur attribuer une personnalité juridique. Pour moi, l’enjeu principal est de les considérer comme un bien commun et de réfléchir aux règles collectives à adopter. Je ne serai ni magistrat ni avocat : mon rôle est de garantir que les arguments se rencontrent et se répondent. Mon propre positionnement évolue au fil des échanges, notamment face aux incertitudes sur les effets secondaires de l’ensemencement. Deux questions demeurent essentielles : l’efficacité et les risques. Cela suppose des études, mais aussi une culture du doute, fondée sur les principes de précaution et de contradiction. Je voudrais remplacer le triptyque contemporain du « clash », de la « rapidité » et de la « certitude » par la « poésie », la « lenteur » et « l’éloge du doute », tout aussi efficaces.

Ma porte d’entrée n’est pas seulement le sujet des nuages : il s’agit d’encourager chacun à se sentir légitime à écrire. Le geste poétique et les émotions, quand nous ne nous laissons pas piéger par elles, apportent de la douceur et favorisent l’écoute. Les nuages ont cette force : nous les avons tous regardés, nous entretenons tous avec eux une relation sensible et cela nous rassemble.

(1) En 2026, parait son huitième ouvrage, Le grain de beauté (Éditions Philippe Rey)

(2) La fin des nuages (Éditions Julliard, 2023)

Mathieu Simonet

Pour aller plus loin


Procès de l’intelligence artificielle

Procès des réseaux sociaux

Procès des écrans [à venir]

Le procès des réseaux sociaux en 2025 © Emmanuel Grimault

Rendez-vous le 29 octobre 2026 pour le procès des nuages !


Photo en-tête © Adobe Stock/josemanuelerre

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