Résidence au Quai des Savoirs en mars et avril 2026
Depuis plusieurs années, Stéphanie Roland s’intéresse aux structures invisibles du monde, qu’elles soient cosmiques, politiques ou géologiques. Avec The Fault Zone*, projet au long cours autour de la faille de San Andreas, elle explore déjà dans un film ces lignes de fracture où se rencontrent géographie et affects. « Ce qui m’intéresse, ce sont les espaces invisibles, les échelles de temps qui nous dépassent », explique-t-elle.
À Toulouse, en ce début de printemps, l’artiste a trouvé un terrain privilégié d’expérimentation. Pendant une semaine, elle a investi les laboratoires des universités toulousaines Paul Sabatier et Jean Jaurès, au contact de sismologues, de spécialistes des ruptures et de la pétrographie : « La pétrographie est l’observation de l’invisible dans les pierres. On coupe des lamelles très fines et, au microscope, on découvre un monde qu’on ne peut pas voir à l’œil nu. C’est magique.»
Loin d’une simple observation, Stéphanie Roland s’est approprié les outils scientifiques avec la complicité des nombreux chercheurs qui l’ont accueillie, Mary-Alix Kaczmarek, professeure associée à l’Université Paul Sabatier Toulouse III et du Groupe Geosciences Environement Toulouse (GET) ; Matthieu Sylvander, de l’IRAP/Observatoire Midi-Pyrénées ; Julien Berger, Vincent Regard et Soumaya Latour, Maîtres de conférence ; mais aussi Franck Vidal, de l’Institut Pluridisciplinaire pour les études sur les Amériques à Toulouse Université Jean Jaurès. Seule face aux microscopes, elle a filmé, manipulé, expérimenté. « Les scientifiques m’ont même laissé le laboratoire pendant une journée. J’ai pu faire mes propres prises de vue, jouer avec les couleurs, comme un chef opérateur », se réjouit-elle. De ces manipulations et ces prises de vues, sont nées des images abstraites, vibrantes, qui nourriront son installation.
Pour l’artiste, l’enjeu est de transformer l’exploration scientifique en expérience sensible. « Je considère que dans ce travail, la pierre est co-autrice de l’œuvre finale », affirme-t-elle. Une position radicale, qui questionne le rapport traditionnel entre sujet et objet : ici, le minéral devient acteur du récit. « Un jour, un chercheur m’a dit : il faut écouter les pierres. Et cela m’est resté. » Dans l’installation qui sera présentée à l’automne à la Biennale Chroniques, les images tournées en laboratoire dialogueront avec des captations de terrain et une composition sonore inédite. L’artiste a notamment récupéré « le son d’un vrai tremblement de terre », enregistré au fond d’un puits. « Je vais le retravailler, le mélanger à d’autres sons pour créer une sorte de symphonie de la pierre. »
L’installation prendra la forme d’un ensemble d’écrans posés au sol, traversés de vibrations basses, presque imperceptibles. « C’est un son que tu ressens plus que tu ne l’entends », précise-t-elle. Comme si le spectateur devenait lui-même capteur, relié aux mouvements profonds de la Terre.
Au-delà de l’expérience sensorielle, la résidence aura été pour Stéphanie Roland un moment de bascule. « Je reviens avec beaucoup de rencontres et de matériel, confie l’artiste, mais aussi avec une ouverture, une matière brute, scientifique, que je vais transformer en récit sensible ». Pour la vidéaste, les pierres, si on apprend à les écouter, nous transmettent ce qu’elles portent en elles : des histoires de temps long, de fractures et de transformations, que notre temps humain contemporain, tout en vitesse et immédiateté, peine souvent à saisir. Une manière de déplacer le regard humain vers des temporalités et des réalités insoupçonnées.
*The Fault Zone a été renommé Serpentine Night durant cette période de création.