Les écrans sur le banc du tribunal du Quai des Savoirs : quels dangers pour nos enfants ?

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Danger des écrans sur la santé des mineurs ?

Après avoir délibéré sur le cas de l’Intelligence Artificielle en 2024 et des réseaux sociaux en 2025, l’audience du vrai-faux tribunal du Quai des Savoirs s’est ouverte le 25 mars 2026 pour évaluer les risques posés par les écrans pour les enfants.

« Mesdames et messieurs les jurés »

Luc Dier est normalement président du Tribunal Judiciaire de Saint-Gaudens, mais ce soir, il incarne le rôle de Président du tribunal du Quai de Savoirs. Au son de la clochette, il pénètre dans la salle de l’audience et invite le public à s’assoir. Il saisit le micro, rappelle les faits, et lit le dossier à charges : l’avènement et l’omniprésence des écrans, l’exposition de plus en plus précoce des mineurs, les risques encourus…

« Au regard des faits, des problématiques identifiées et des rapports institutionnels, le juge d’instruction renvoie les écrans devant le tribunal pédagogique pour répondre aux questions suivantes : »

  1. Les écrans sont-ils un problème de santé publique ?
  2. L’accès des mineurs aux écrans doit-il être restreint par la loi ?

« Et enfin, au regard des enjeux de responsabilité, d’exemplarité, de capacité d’encadrement et de l’impact des pratiques familiales sur les usages des enfants, »

  1. L’accès aux écrans doit-il être régulé uniquement à l’égard des mineurs ?
Le président Luc Dier lit l’ordonnance de mise en accusation.

Scientifiques, inspecteur académique et représentant de parents d’élèves dans la peau des témoins et experts

C’est d’abord à Servane Mouton, en sa qualité d’experte, d’ouvrir les prises de parole. En tant que docteure en médecine, neurologue et neurophysiologiste, elle a co-présidé la commission mise en place par le Président de la République avec le rapport associé “Enfants et écrans. À la recherche du temps perdu” (30 avril 2024). À la demande de la Cour, elle en expose les principales conclusions : « C’est un problème systémique et il faudra l’aborder comme tel pour synthétiser les effets sur la santé qui ont pu être recensés dans les analyses de la littérature scientifique. »

Appel ensuite du premier témoin, Lucas Gaine, inspecteur pédagogique régional, référent académique en éducation aux médias et à l’information. Il détaille le plan et la philosophie de l’éducation nationale pour répondre à ce phénomène d’ampleur. « Prévenir, informer et éduquer sont les trois piliers d’action de l’Education nationale concernant l’Ecole et les écrans. La mission de l’Ecole est de former des citoyens autonomes, éclairés, capables de tirer profit du numérique sans en devenir les esclaves. »

Valérie Tartas, Professeure de psychologie du développement (UT2J) et Directrice adjointe de l’unité de recherche CLLE (Cognition, Langues, Langage Ergonomie), intervient à son tour en tant qu’experte. Elle présente l’état des différentes recherches sur le sujet et apporte de la nuance sur les conclusions à tirer. « Ce n’est pas l’écran qui a un effet positif ou négatif sur le développement cognitif ou sociocognitif de l’enfant, mais bien le contexte de son usage. »

Témoignage de Grégoire Ensel

Dernier témoin appelé à la barre : Grégoire Ensel, vice-président de la Fédération des Conseils de Parents d’Élèves (FCPE). « Former les enfants à gérer leur temps d’écran, à comprendre les réseaux sociaux, à identifier les fake news… C’est comme ça qu’on protège un pays. » Il commente le projet de loi du gouvernement d’interdiction des téléphones portables, notamment pour les lycéens : « On renvoie la responsabilité aux parents, qui sont seuls face à leur ado et à leur smartphone. »

Réquisitions VS plaidoiries

Jacques Martinon, habituellement juge des libertés et de la détention au Tribunal Judiciaire de Toulouse, incarne ici le rôle de procureur. Ses réquisitions nous emmènent faire un tour dans les enfers, et détaillent les sept péchés capitaux des écrans : « Niveau -1 : l’avarice bien sûr ! […] Pour le moment, ce sont l’économie de la captation et la publicité ciblée qui remplissent les caisses. Si c’est gratuit, vous êtes le produit. Et plus vous êtes jeune, plus vous valez cher. »

Mais l’avocate de la défense, Joséphine Marouby (3e secrétaire de la Conférence du Barreau de Toulouse), ne se laisse pas impressionner. Incarnant directement la voix des écrans, elle nous rappelle l’indispensabilité de ces outils, sur lesquels nous pouvons reprendre le contrôle : « Cette interdiction que vous appelez de vos vœux, nourrit la peur, la clandestinité, et l’isolement.” […] Vous êtes le maître de ce rectangle d’une centaine de grammes ! »

Après deux heures d’audience, le Président interroge le jury, incarné par le public. Sur la question « Les écrans sont-ils un problème de santé publique », le public vote à la très grande majorité « OUI ». Mais sur les deux autres chefs d’accusation, les débats ont convaincu l’audience que l’interdiction n’est pas la solution.

Le public s’est exprimé par un vote à main levée !

Les mineurs comme les majeurs pourront donc continuer d’accéder aux écrans, et de se servir de leur téléphone !

Découvrez le dossier du procès

Retrouvez ici le dossier complet Les Minutes du tribunal (pdf) regroupant les transcriptions de tous les intervenants et intervenantes, leur biographie, ainsi que les pièces à convictions, le tout illustré par les photographies d’Emmanuel Grimault.


Pour aller plus loin :


Références bibliographiques


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Crédit photos © Emmanuel Grimault / Quai des Savoirs

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