Corail Artefact – Jérémy Gobé

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À peine achevée sa résidence au Quai des Savoirs, l’artiste Jérémy Gobé a enchaîné avec le montage de son œuvre originale, co-produite avec le Musée des Abattoirs Frac Occitanie. Réalisée pour l’exposition À l’écoute du vivant, Biomimétisme entre Arts et Sciences, organisées par les deux établissements culturels toulousains aux Abattoirs, son installation propose aux visiteurs une mise en espace immersive en béton naturel des fonds marins.

Une ode à la beauté inouïe des coraux mais aussi un signal d’alarme sur les menaces qui pèsent sur eux, partout sur la planète.

Jérémy Gobé
Jérémy Gobé a été accueilli au Quai des Savoirs pour une semaine de résidence dans le cadre de sa création présentée dans l’exposition « À l’écoute du vivant, biomimétisme entre arts et sciences« , coproduite par le Quai des Savoirs et les Abattoirs.

Résidence au Quai des Savoirs en mars 2026  

Sauver les coraux, est-ce seulement possible ? Pour peu qu’un artiste qui manie aussi bien le crayon que la bétonneuse revendique son rôle de déclencheur d’émotion mais aussi, et cela est beaucoup plus rare, de chercheur de solutions, tous les espoirs sont permis. En une semaine à peine, Jérémy Gobé a tenu son pari : Choisir un corail de la collection Daniel Cordier, conservée au Abattoirs, en réaliser des scans et des impressions 3D, façonner les deux-cents modules en béton qui formeront son installation et enfin réaliser deux broderies inspirées du corail qui ponctureront les structures de corail de synthèse.

« La résidence s’est déroulée dans des espaces peu habitués à accueillir des artistes plasticiens », note Jérémy Gobé avec une pointe d’humour. Au Quai des Savoirs, l’artiste a investi à la fois l’espace multimédia, pour réaliser ses broderies et ses impressions 3D, mais aussi les ateliers techniques de l’établissement, pour fabriquer ses modules en béton écologique, composé, entre-autres, de poudre de coquilles d’huitres. La poussière s’est invitée dans les bureaux et une forte odeur de marée a longuement flotté dans les couloirs, à la surprise générale.

Si l’artiste ancre depuis plusieurs années son travail dans l’étude des coraux, écosystèmes fragiles et largement menacés, c’est parce qu’il peut s’attacher à la fois à les étudier, à faire partager la beauté de ses motifs et la connaissance à leur sujet, et même les sauver, puisque la résidence au Quai des Savoirs s’inscrit dans un projet plus large, appelé Corail Artefact, qui a pour objectif de créer une solution globale pour lutter contre leur disparition. En Colombie Jérémy Gobé a ainsi testé des structures en béton immergées qui permettent au corail de se redéployer.

À Toulouse, l’artiste a choisi dans les collections le corail cerveau de Neptune, dont les motifs labyrinthiques ont inspiré à la fois ses structures en béton et ses broderies réalisées au Quai des Savoirs. Ce corail “fondateur” constitue la base des récifs, une architecture première. À partir d’un fragment de 17 centimètres, il a déployé son installation de plusieurs mètres, en multipliant les formes, les scans et les impressions 3D pour reconstituer le paysage sous-marin.

Observer, comprendre et traduire : pour Jérémy Gobé, les œuvres deviennent des outils de connaissance autant que de sensibilisation. « Alerter ne suffit pas, il faut faire ressentir. Mes broderies, par exemple, donnent à voir l’intérieur du corail — une vision inaccessible au regard humain — et elles invitent le spectateur à une immersion sensible ». L’artiste ne se place pas en surplomb : il découvre en même temps que le public et partage cette expérience.

La résidence a également été l’occasion d’un dialogue inattendu avec les collections des Abattoirs qui conservent des coraux “parfaits”, blanchis et esthétisés, témoins d’une autre époque du rapport au vivant. En les retravaillant, Jérémy Gobé cherche à leur redonner une forme de vie, à réintroduire de l’imperfection, presque de l’organique. En les réactivant par la création, il propose une autre manière de faire vivre les collections dormantes.

Broder, mouler, modéliser, imprimer : Jérémy Gobé cite volontiers Léonard de Vinci et revendique son rôle d’artiste façon « Renaissance », c’est-à-dire capable de naviguer entre les techniques, les savoirs et les gestes, entre l’esthétique et l’ingénierie. À cette figure très classique, il ajoute une dimension plus actuelle : celle d’un artiste lanceur d’alerte et médiateur qui cherche à nous faire réfléchir à la place de l’humain dans la nature. Une forme de “nouvelle Renaissance”, où l’humain ne serait plus au centre mais en relation, et une adresse au public, au sens plein du terme, qui engage autant le regard que le geste.


Crédit photos : © Emmanuel Grimault

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