Yann–Philippe Tastevin
Anthropologue au CNRS rattaché au laboratoire international Environnement Santé Sociétés (IRL 3189 ESS) au Sénégal, part dès 2014 d’une question vertigineuse : jusqu’où peut-on démanteler le monde ? Pour y répondre, il remonte des filières de réemploi et de recyclage qui s’étendent entre l’Europe, l’Afrique de l’Ouest et l’Asie du Sud-Est, révélant une économie d’une profondeur insoupçonnée : des logistiques tentaculaires, des conflits d’intérêts, des contaminations silencieuses de l’air, des sols et des corps.
À partir de 2018, son approche interdisciplinaire et collaborative le conduit au Sénégal à mobiliser des méthodes de recherche participative pour donner voix à ceux qui vivent au plus près de ces chaînes mondiales. De cette immersion naît sa contribution au glissement des waste studies aux discard studies : un déplacement conceptuel qui invite à interroger l’ensemble des processus par lesquels les sociétés définissent ce qui n’a plus de valeur et décident de l’écarter – matières toxiques, pratiques ignorées, populations invisibilisées, savoirs subalternes ou techniques obsolètes.
Il assure également le co-commissariat de l’exposition Vies d’Ordures. De l’économie des déchets et du recyclage en Méditerranée, présentée en 2017 au Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM), 2017, co-écrit La Civilisation du déchet, éditions les Arènes, 2024, et coordonne l’édition de Carnets de recherche en ligne Movida (2016-2024) et AirGeo (2022-2024). En 2023, il co-fonde au Sénégal dans la région de Dakar, l’Observatoire éco-citoyen pour la connaissance des pollutions et de l’urbanisation de la zone Sebikotane-Diamniadio-Bargny-Yenne-Sendou.